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Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord

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Message par SPX Spécial le Lun 16 Sep 2019 - 16:33

Hissez haut, marins d'eau douce !

Cette page sera consacrée à la tenue d'un journal. Les membres de l'équipage sont invités à y reporter toutes les aventures, galères et embuscades qu'ils vivront au cours de leurs pérégrinations à travers Caribdus.

Tout récit donné ainsi rapportera à son auteur un point d'expérience supplémentaire, deux si le récit coupe le souffle du capitaine.

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« Un héros est une personne qui se soucie du bien-être des autres et fera tout son possible pour l’aider, même s’il n’y a aucune récompense en jeu. Cette personne qui aide les autres simplement parce que cela devrait ou doit être fait, et parce que c'est la bonne chose à faire, est sans aucun doute un véritable super-héros. »
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Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Empty Princesse Marchande - Une nouvelle vie

Message par Gildor le Dim 5 Jan 2020 - 1:33

Ma très chère sœur Tamara, je te salue en souhaitant que ce courrier te trouvera heureuse et en bonne santé.

Commençons par le plus dur. Oui, je sais que j’ai déçu. Ce n’est pas ce que vous souhaitiez pour moi. Toutes ces années d’études, de travail et d’éducation piétinées par une jeune femme qui fait sa crise d’indépendance. En tout cas, c’est ce que tu as dû entendre jusqu’à l’écœurement.

Je ne peux que t’assurer que ce n’est pas la rébellion qui me motive. J’ai toujours aimé et respecté notre famille. C’est juste que mes aspirations n’ont jamais correspondu aux leurs. Te souviens-tu quand nous jouions enfants ? Je prenais toujours le rôle de l’aventurier, du casse-cou. Il faut croire que c’était bien ma nature profonde qui s’exprimait ainsi.

Heureusement, je compte bien faire en sorte de rentabiliser toutes ces leçons destinées à l’origine à gérer la maisonnée de mon époux, en particuliers comptabilité et négociation. En effet, je ne crois pas qu’il y ait beaucoup d’aventuriers ayant profité de cette chance alors que tout équipage a bien besoin de ces compétences !

Oui, tu as bien lu : équipage. Quoi de mieux pour découvrir le monde qu’un navire ? Rassure-toi, je ne compte pas me lancer dans la piraterie, mais bien m’enrichir de la navigation marchande. Avec de la chance et de l’audace, je suis sure de pouvoir vous revenir un jour les bras chargés de présents. Et qui sait, s’il est encore temps, je pourrai t’offrir une dot gigantesque qui te permettra d’avoir l’époux de ton choix.

Mes maigres économies m’ont permis d’arriver jusqu’à Kiera, capitale de l’empire Kieran, si tu te souviens bien de tes cours de géographie. Cela faisait quelques jours que je me promenais au bureau du commerce, espérant trouver un équipage qui pourrait m’engager. Jusqu’ici, je n’avais guère d’opportunité : femme et étrangère, j’ouvrais à peine la bouche que déjà je voyais fuir l’intérêt de mon interlocuteur quand il comprenait que je n’étais pas là pour conter fleurette.

Et pourtant, j’avais bien fait attention à mes vêtements : la robe ne seyant pas vraiment à l’image de l’aventurière, je l’avais rangée au fond de ma malle pour la troquer contre une tenue d’homme avec chemise et pantalon. Je gage que mère s’étranglerait en me voyant attifée ainsi ! Il n’était évidemment pas question de renier mon genre ! J’avais donc également choisi de grandes bottes remontant jusqu’à mi-cuisse et mes quelques bijoux dorés s’accordaient fort bien avec ma peau bleutée. Et ma main nonchalamment posée sur la rapière battant ma cuisse droite montrait clairement que j’étais prête à m’en servir.

J’espérais juste ne pas avoir à la dégainer : tu sais bien que les cours d’escrime n’étaient pas vraiment à notre programme. Pourvu que je puisse résoudre prochainement ce petit défaut !

Mon errance dans les entrepôts m’offrit enfin la chance que j’espérais : je vis une femme occupée à négocier. Mon oreille trainant, je compris rapidement qu’elle voulait se procurer des rations dédiées à un équipage, elle travaillait donc bien pour le compte d’un capitaine. De plus, son allure et sa voix autoritaire montraient clairement qu’elle faisait partie des officiers, avec donc assez de poids pour m’engager si jamais je parvenais à la convaincre.

Et justement, le marchandage n’était clairement pas son fort ! Elle était prête à accepter un prix absolument scandaleux. Ma bourse bientôt vide me poussant à toutes les audaces, je m’interposai alors et, sous l’œil effaré du fripon profiteur, je parlai comme si ma présence était tout à fait légitime et obtint ses marchandises à un prix plus décent.

L’affaire conclue, la femme me remercia et se présenta comme Jocelyne Abraham, capitaine d’une frégate marchande. Le (la) capitaine elle-même ! Une femme ! Je compris aussitôt que j’avais toutes mes chances qu’on me juge avant tout sur mes contributions au groupe ! Je dus me retenir de ne pas hurler de joie quand elle me demanda si j’étais libre, se doutant bien sûr que mon petit numéro n’était pas totalement désintéressé.

C’est ainsi que je fus introduite à l’équipage du Rébecca, fier navire à l’équipage des plus hétéroclites : douze marins et leurs officiers.

- La capitaine Abraham, bien sûr
- Dave Jones, mage du vent Kraken
- Caporal, charpentier Scurillien
- Flirt, le quartier-maître, une vraie tête de Polac, parait-il
- Huuünk, maitre-harponneur Grael, aussi large que grand, et quel colosse !
- Kalas, notre vigie Atani. Curieusement, elle ne peut voler malgré ses ailes
- Cataléya Conners, la maître d’armes Masaquani
- Et enfin moi-même, Toshi Tenenbaum, écrivaine (ou trésorière, comme disent les marins d’eau douce)


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Message par SPX Spécial le Dim 5 Jan 2020 - 1:49

Cette première partie introductive rapporte à Gildor un point d'expérience.

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Message par Gildor le Dim 5 Jan 2020 - 10:50

Je voulais de l’aventure, j’en ai eu ! Et ce n’est que le début ! Je t’écris encore depuis Kiera, mais je ne me suis pas ennuyée depuis ma dernière lettre. Heureusement que je ne souhaitais pas un paisible voyage marchand, sinon ma malle ne serait pas restée longtemps à bord.

Nous avions été engagés par Phémona, la responsable Scurilienne de la ménagerie impériale, pour lui ramener un spécimen vivant d’une espèce apparue pendant la Grande Catastrophe : les Sirènes. Nous ignorions évidemment tout de ces créatures, d’où notre expédition.

J’avoue avoir un peu hésité : est-ce bien raisonnable de s’élancer ainsi dans l’inconnu ? Cette incertitude ne dura qu’un instant : comment voulez-vous vous enrichir et profiter de la vie si vous n’êtes pas disposé à courir quelques risques ? Le danger pour se sentir pleinement vivante et ressentir chaque instant comme le dernier, voilà ce que je cherchais !

Nous avions quelques indications pour le lieu où des Sirènes avaient été signalées, à seulement quelques jours de navigation. C’est sans encombre que nous pûmes naviguer jusqu’à ces eaux dangereuses.

Le spectacle qui s’offrit à nos yeux était des plus étranges : près d’une côte, comme assises sur l’eau, un groupe de plusieurs dizaines de créatures chantaient. À la longue vue, je pus voir qu’elles étaient en fait juchées sur une plate-forme de cristal. Leur corps était composé jusqu’à la ceinture d’une queue de poisson et le haut d’un buste humanoïde. Elles étaient très belles et manifestement ne laissaient pas indifférent la gent masculine de l’équipage. De manière bien trop anormale, réalisions-nous ! Heureusement qu’une bonne partie des officiers étaient du beau sexe, cela nous permis à l’aide de quelques claques de réveiller nos compagnons avant qu’ils ne laissent le navire s’échouer !

Trompées par notre absence directe de réplique, les Sirènes s’élancèrent vers nous, glissant sur l’eau telle des poissons volants. La manœuvre qui suivit fut aussi rapide que précise. Alors que nous foncions droit vers le récif de cristal, la capitaine fit mettre la barre à bâbord toute, présentant notre flanc tribord aux sirènes. Aussitôt, d’un puissant mouvement de ses bras plus épais que mes cuisses, Huuünk lança l’immense filet que nous nous étions procurés pour l’occasion.

Lancer parfait ! L’une des sirènes se débattait, s’empêtrant encore plus dans les mailles ! Mais déjà, Huuünk et plusieurs solides gaillards tiraient sur les cordes, ramenant à bord notre proie. C’est alors que les Sirènes crièrent de rage, se muant en créatures toutes en crocs et griffes ! C’étaient donc bien des prédatrices attirant leur victime de leur charme afin de les déchirer !

Nous étions prêts à cette éventualité : d’un geste, la capitaine donna l’ordre de faire feu et Cataléya s’exécuta aussitôt. Son but était de disperser le groupe, mais quelque chose de spectaculairement inattendu se produisit.

Un des boulets frappa le cristal, à quelques encablures, produisant une puissante onde qui se diffusa dans toute la masse. Et sous nos yeux écarquillés d’horreur et de stupéfaction, les Sirènes hurlèrent de douleur à ce son terrible qui emplissait l’air, avant de s’écrouler, toutes mortes !

Craignant pour celle que nous remontions, ce fut avec force soulagement que nous la vîmes toujours vivante, coincée sur le pont dans son filet. Il semble qu’elle était assez éloignée pour ne pas subir le même sort que ses congénères, à moins que ce fut parce qu’elle était hors de l’eau. Et d’ailleurs, il fallait devoir agir vite pour assurer le voyage sans dommage pour cet être aquatique. Notre cliente nous avait confié un grand aquarium que nous avions rangé dans la cale. Rempli d’eau de mer, il put servir d’originale prison.

Et enfin, j’allais pouvoir utiliser mes compétences. Je n’avais d’yeux que pour le siège de cette étrange colonie : le récif de cristal. Après avoir jeté l’ancre, nous débarquâmes en petit comité pour pouvoir étudier cet étrange matériau. Au bout de quelques heures, je pus estimer qu’il représentait trois chargements complets de matériau valorisable. Notre fortune était faite ! Déjà, dès la première course ! Il fallait néanmoins être prudents : hors de question de les vendre dans un port où l’on poserait trop de questions. Après avoir tenu conseil, nous décidâmes de tout vendre au plus grand repaire de forbans connu : la Baie des Brigands ! Comme celle-ci était loin, il nous fallait rentabiliser le retour et donc ne pas être à vide. Ça tombe bien, la nourriture y est peu chère alors qu’à Kiera, port le plus proche du récif, elle atteignait des sommets !

Il nous fallait déjà nous débarrasser de notre cargaison et nous faire payer pour cette chasse. Navigant bon vent vers Kiera, nous fîmes bon voyage, recueillant au passage James Low, un individu navigant sur un petit canot perdu en haute mer. Pseudo-rescapé d’une attaque de pirates mais vrai déserteur et surtout très mauvais menteur, nous lui fîmes la grâce de le débarquer à Kiera sans faire d’histoires. Non bien sûr sans l’avoir délesté de tout l’argent qu’il avait volé à son navire avant de s’enfuir. Charité bien ordonnée commence par soi-même !

À la vue de son nouveau spécimen d’étude, Phémona se montra des plus enthousiastes et reconnaissantes. J’en profitai pour placer mes propres études sur les Sirènes, ayant pris soin de noter toutes mes observations sur leur comportement, technique de chasse en groupe, technique d’appât. Et hop ! Un joli bonus en prime ! Je crois que mes compagnons vont commencer à m’apprécier.

Il était donc temps de préparer notre prochaine course. Grâce à nos nouvelles ressources, nous pûmes solidement armer la Rebecca, et ce n’est pas peu dire. Elle doit maintenant être l’une des frégates les plus dangereuses du monde : huit canons de seize et un canon de chasse ! Les pièces les plus lourdes qu’elle puisse porter !


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Message par SPX Spécial le Dim 5 Jan 2020 - 11:08

Ce qui fait gagner un autre point d'expérience à Gildor.

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Message par Gildor le Jeu 9 Jan 2020 - 10:51

Cette fois-ci, ma sœur, changement radical de décor. Je ne t’écris plus depuis une capitale où règne la civilisation (du moins en apparence), mais bien d’une ville dont l’étendard est la liberté sans entrave, avec tous les excès que tu peux imaginer, plus les autres ! J’ai nommé la Baie des Pirates !

Sûr qu’il ne fait pas bon de s’y balader seule, de jour comme de nuit. Au milieu d’un tel amas de forbans, je me doute bien que ma rapière ne fera pas illusion longtemps. Pire encore, j’étais sûre que mon regard estomaqué et mon réflexe de coller mes compagnons en quête de leur protection montraient sans ambiguïté que j’étais de la bleusaille ! Je pris donc bien soin d’être toujours accompagnée.

La bonne nouvelle pour l’équipage était qu’ils pouvaient descendre à terre se détendre sans crainte des autorités. Comme c’était notre première halte avec notre chargement de cristal, car oui, tout s’était passé comme prévu, il nous fallait le temps de trouver acquéreur. Nous pouvions donc leur accorder deux jours de relâche. Ce fut au cours de mes négociations que mes compagnons obtinrent deux curieux contacts dans l’auberge de la Reine Noire où nous avions convenu de nous retrouver.

Le premier était l’achat d’une amulette nous protégeant des tempêtes. Oui, tu as bien lu. Au moment où j’écris ces lignes, je ne sais encore s’il s’agit d’une escroquerie pour naïfs ou d’une vraie incroyable opportunité. Après tout, ne sommes-nous pas dans le port où le pire (surtout lui) côtoie le meilleur ? J’espère que Dave Jones saura détecter le vrai du faux. Nous n’avions pas encore le moyen de payer le montant exorbitant du précieux artefact, il allait nous falloir patienter jusqu’à la fin de notre course du cristal pour en avoir le cœur net.

Quant au deuxième, il est un peu plus personnel : Annie Mason, serveuse dans l’auberge en question, était retenue contre son gré et demandait notre protection pour fuir au prochain port où nous ferons escale. Elle était bien sûr disposée à payer ce service de ses économies, dont le montant me laissa à penser qu’elle avait en fait vidé la caisse.

Tu te doutes bien que j’aurai exprimé des doutes si j’en avais eu l’occasion. En fait, je suis arrivée juste à temps pour éviter une bouteille qui vola à travers l’ouverture de la porte. La diversion avait commencé en une de ces joyeuses bagarres qui fait le charme des lieux. Je ne pus qu’accompagner les autres dans la fuite jusqu’au Rebecca où ils purent enfin m’expliquer tout ce que je viens de t’exposer.

Le voyage de retour vers Kiera se fit sans rencontre notable. Concernant notre passagère, j’eue la surprise de constater que Cataléya semblait très intéressée. Voilà quelque chose que je n’aurais jamais imaginé ! Gageons qu’une telle attirance aurait fait scandale au plus haut point dans notre société. Mais après tout, n’avons-nous pas tous étreint la vie aventurière pour la liberté de vivre comme nous l’entendons ? Je dois reconnaitre que de son côté Annie n’hésitait pas à mettre la main à la pâte : elle fut adjointe à notre maître coq et la qualité des repas changea significativement, entretenant le bon moral des troupes !

À notre arrivée à Kieran (corne de bouc, une partie de notre cargaison de nourriture était gâtée !), nous vîmes une escouade nous attendre à quai. De bonne nouvelles heureusement : nous étions conviés à l’ouverture de la nouvelle aile de la ménagerie, où l’Empereur présenterait en personne son tout nouveau spécimen d’une espèce jusqu’ici inconnue. Je parle bien sûr de la Sirène. Tu te doutes bien que ce n’est pas le genre de chose que l’on peut décliner, et de toute façon, il était temps que je ressorte ma robe.

La cérémonie fut presque intime, seulement quelques centaines d’invités, sans doute parce que le nouveau bâtiment n’était pas prévu pour faire de grandes réceptions mondaines. Nous fûmes mis à l’honneur et je pus vois sa Grandeur elle-même. Il se montra charmant, mais je ne doute pas une seule seconde de ce qui pouvait se cacher derrière cette courtoise façade. Je n’osai tenter de le sonder, bien trop consciente que je serais une souris taquinant un lion. Il eut donc droit à une démonstration de tous mes cours de bienséance en haute société. Je n’aurai pas la prétention de dire que j’avais impressionné l’assistance, mais au moins je ne l’ai pas choquée, ce que je considère déjà comme une victoire.

Il était maintenant temps de profiter de notre présence au sein de la cour pour nous faire de précieux contacts. Je liai connaissance avec le Kraken Jaraquay, trésorier impérial. L’intérêt ? Il s’avère qu’il a un petit hobby : la collection de trésors oubliés au fond des mers. Avec évidemment les moyens financiers pour se le permettre, quitte à parfois confondre sa cassette personnelle et les fonds étatiques. Sans doute un futur client des plus précieux.

Mais ce fut Kalas qui me stupéfia en se mêlant directement à la conversation avec l’Empereur lui-même ! Et elle parvint à devenir un courrier impérial ! Je te rappelle que Kalas est une Atani, dont le peuple n’a pas de vrai contact avec l’Empire Kieran. L’Empereur exprimant des regrets à ce sujet, Kalas bondit sur l’occasion pour lui proposer de devenir son envoyée spéciale pour commencer des démarches diplomatiques.

Dans la catégorie risque énormes pour gains potentiels de la même aune, difficile de faire pire. J’avais l’impression que nous précipitions le Rebecca dans la gueule d’un Léviathan ! Allions-nous être dévorés dans les sinueux et vicieux dangers de la géopolitique ou bien en faire notre fortune et notre gloire ? Il allait falloir jouer serrer !

Alors que nous finalisions les préparatifs de départ vers le récif de cristal, une décision inattendue fut prise concernant notre passagère Annie Mason. Sans attache, elle proposa de continuer avec nous. Ses services de cuisinière étant des plus appréciés, la capitaine était d’accord mais notre équipage était au complet et elle se voyait mal donner son congé à un marin qui pouvait vendre la mèche de notre course.

C’est alors que Cataléya proposa qu’elle soit considérée comme passagère et qu’elle était disposée à payer ses gages sur sa solde personnelle. Manifestement, elle est sérieuse sur son objectif de romance !

Alors que nous étions en route vers la Baie des Pirates avec notre deuxième chargement, une ombre obscurcit soudain le soleil. Il n’y avait pourtant pas le moindre nuage. Surpris, je levai les yeux.

Et je crus perdre la raison.

Un oiseau. Gigantesque. Plus grand que le Rebecca. Immédiatement, l’évidence me frappa, échappée de ces contes pour enfants auxquels personne de sensé ne veut croire. Un roc ! Allait-il se contenter de passer ? Vain espoir. La bête plongea droit sur nous pour, au dernier moment, ouvrir d’un coup ses ailes à l’envergure de plusieurs dizaines de mètres, provoquant une véritable tempête sur le pont. Il se redressa, braquant vers le bastingage des serres aussi épaisses que des troncs d’arbre et, dans un déchirement de bois torturé, assura sa prise comme si le Rebecca n’était qu’une vulgaire souris.

D’une voix impétueuse, la capitaine ordonna de faire pivoter la pièce de chasse vers la bête. Ce canon, installé sur le gaillard d’avant, a en effet la capacité de pouvoir balayer le pont supérieur sur un ennemi menant l’abordage. Mais aussi sur un oiseau géant !

Pendant quelques minutes, la situation fut terrifiante. D’une volonté de fer, la capitaine parvint à maintenir la discipline. Cataléya, constatant l’inutilité de notre pièce de chasse, entreprit avec quelques hommes de détacher l’une de nos grosses pièces pour pouvoir l’orienter correctement. Quant à Kalas, toujours à son poste en vigie, elle commença à taillader les drisses du grand cacatois (la voile supérieure du grand mat) pour improviser un gigantesque filet pouvant emprisonner le monstre.

Et tout cela sous la tempête provoquée par le battement des ailes monstrueuses, les cris assourdissants comme le tonnerre, le navire commençant doucement à se soulever. Et c’est alors que le miracle se produisit. Plusieurs marins s’étaient précipités vers le râtelier d’armes, empoignant les armes à feu. Et l’une des balles, dérisoires moucherons face au colosse, toucha un point sensible.

Dans un cri de douleur, le roc nous lâcha, provoquant la chute du Rebecca dans les eaux avec un fracas d’enfer. Pivotant sur lui-même, il voulut s’éloigner de nous en filant au ras de l’eau, à l’équerre du navire. Erreur fatale.

Se redressant sur la dunette, la capitaine mugit l’ordre et les canonniers mirent les boutes-feux dans les lumières. Les quatre pièces de tribord tonnèrent, aussitôt suivis d’un long écho d’agonie. Le dos brisé, le roc s’abima en mer et y resta, flottant immobile sur les eaux qui déjà se teintaient de rouge autour du corps animé seulement par quelques ultimes convulsions.

Une immense clameur monta dans le ciel. Nous étions saufs ! Personne n’était même blessé ! Quant aux dégâts, Caporal certifia après une rapide inspection qu’ils n’étaient que superficiels, la structure était indemne.

Les quelques heures qui suivirent furent consacrées à dépecer la bête. Volaille fraîche au menu pendant les deux prochains jours. Les os et les immenses plumes furent gardés, nul doute que nous trouverons un acheteur pour ces trophées pour le moins exotiques. La cale étant pleine, nous dûmes improviser un stockage directement sur le pont extérieur, rendant les manœuvres quelque peu gênées. Espérons que nous n’aurons pas de tempête à affronter ou pire encore un combat naval à livrer avant d’atteindre la Baie des Pirates.


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Message par SPX Spécial le Jeu 9 Jan 2020 - 10:57

Encore un point d'expérience pour Gildor.

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Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Empty Princesse Marchande - La course au cristal, la fin

Message par Gildor le Sam 28 Mar 2020 - 21:08

Salutations à toi Tamara. J’espère que cette missive te trouvera en bonne santé, comme les précédentes.

Te souviens-tu de mes jeux qui faisaient froncer les sourcils de notre mère ? Armée d’un bâton de bois comme fidèle lame, je me précipitais à l’assaut d’ennemis. Et bien je m’en suis bien rapprochée il y a quelques jours : j’ai connu ma première bataille navale.

La réalité est bien loin des récits épiques : non seulement un tel évènement est plutôt rare dans la vie d’un navire (tu noteras que c’est le premier après des semaines de navigation), mais en plus nous n’avons pu tirer que quelques coups de canons. Laisse-moi te conter la fin mouvementée de notre course au cristal.

Notre dernière étape à la Baie des Pirates s’était surprenamment bien passée et nous voguions de nouveau vers Kiera, les cales pleines de denrées alimentaires. Nous en avions profité pour y ranger correctement les artefacts du roc. Nous avions en effet décidé de privilégier Phémona, responsable du musée impérial. Ce choix est évidemment politique : j’espérais bien qu’en restant une interlocutrice privilégiée, j’allais pouvoir continuer à entretenir cet excellent contact pour de futurs contrats.

Hélas, je n’étais pas habituée à négocier une si particulière marchandise, et Phémona ne me cacha pas sa préférence pour un individu intact, et non juste quelques ossements. C’est tristement que j’encourageai la capitaine Abraham à accepter son offre ridiculement faible afin de conserver nos bonnes relations. Je préfère voir cela comme un investissement plutôt qu’une perte, et la plume de roc accrochée dans ma cabine me rappellera toujours ce semi-échec.

J’espère qu’un jour elle sera mon rappel du prix nécessaire pour parvenir à faire de fabuleuses affaires.

Nous voguions enfin vers le cristal des sirènes pour notre ultime cargaison, que nous comptions vendre directement à Kiera. Je réfléchissais déjà à quelques bijoutiers qui pourraient être intéressés.

Et oui sœurette, même moi j’aime faire un peu de lèche-vitrine pendant nos étapes.

L’arrivée au cristal nous offrit une vue des plus détestables : un mécréant s’était permis de venir se servir sur notre filon ! Nous reconnûmes un  navire que nous avions croisé par deux fois lors de nos navettes. Notre manège l’avait manifestement intrigué et l’un des nôtres avait dû avoir la langue trop pendue lors d’une descente à terre !

Pendant une longue minute, la capitaine scruta notre concurrent de sa longue-vue. Même si sa puissance était moindre, il n’en demeurait pas moins un adversaire sérieux et le hasard d’un combat naval pouvait faire de nombreuses victimes dans nos rangs. Mais il n’était pas question de reculer. Dans ce milieu de rudes aventuriers, la réputation était d’une importance cruciale. Et qui pourrait prendre l’équipage du Rébecca au sérieux lorsqu’on apprendra qu’il s’est fait voler son butin juste sous sa barbe ? Jamais nous ne pourrons nous relever d’une telle humiliation.

D’un geste sec, la capitaine rengaina sa longue-vue et tonna l’ordre du branle-bas de combat !

C’est alors qu’un coup de canon se fit entendre depuis notre tribord arrière. Le faquin était-il venu accompagné ? Imagine donc mon étonnement lorsque nous vîmes jaillir à nos côtés une frégate de l’Armée Impériale ! A l’évidence, les services secrets de sa Grandeur avait eu vent de nos difficultés à venir et avait daigné voler à notre secours, au plutôt à celui de Kalas son envoyée spéciale. Le capitaine de la frégate nous héla et ce fut au tour de Cataléya de laisser échapper un cri de surprise : il s’agissait de Flynn Ferguson. Les deux combattants s’étaient liés d’amitié lors de la réception, et voilà qu’il avait insisté pour aider sa nouvelle amie.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pnj_fl12

Je ne pense pas avoir déjà vu démonstration plus éclatante de l’importance vitale des bonnes relations pour survivre dans ce monde. Elles sont plus précieuses que les joyaux !

Le combat lui-même fut de peu d’intérêt, notre adversaire écrasé par le nombre n’avait plus l’ombre d’une chance. Nous n’eûmes même pas à tirer un coup de canon, préférant un abordage direct par ce fou de « capitaine » Flirt dès que nous fûmes à porter de lancer par une corde ! Hélas, la position en équerre des navires ne permettait qu’à ceux capables des mêmes prouesses acrobatiques de le rejoindre, et je crains un moment qu’il allait payer sa témérité.

Heureusement (ou plutôt hélas), il mérita les surnoms dont il s’affublait et survécut. Gageons que nous n’avons pas fini de l’entendre se vanter d’avoir décimé l’ennemi à lui tout seul.

Quant à moi, je n’essayais même pas de les rejoindre : non seulement je me voyais mal me balancer ainsi au bout d’une corde sans ridiculement tomber à la mer, mais en plus mes compétences limitées à la rapière face à des forbans expérimentés ne me laissaient guère envisager d’autre possibilité que de lamentablement finir me vidant de mon sang sur le pont ennemi.

Ce combat terminé, le capitaine Ferguson poussa la générosité jusqu’à nous laisser l’intégralité de notre prise et du cristal et reparti vers de nouvelles aventures.

Un rapide calcul nous convainquit de l’inutilité de garder notre prise : son petit profil ne correspondait pas à notre besoin de navires aux vastes cales permettant de grands échanges de marchandises. Nous allions donc le revendre à Kiera avec notre dernière cargaison de cristal. J’espère que cette fois-ci je saurais mériter ma solde !

Et d’ailleurs, la fin de cette course nous mettait face à l’importante mission de diplomatie qui attendait notre camarade Kalas. Après un secours pareil, il serait des plus indélicat de notre part de délayer plus longtemps la volonté de l’Empereur. Il nous fallait maintenant étudier notre parcours pour rentabiliser au maximum notre voyage vers Maroa, siège du pouvoir Atani.


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Message par SPX Spécial le Sam 28 Mar 2020 - 22:05

Et encore un nouveau point de personnage pour Gildor.

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Message par Gildor le Ven 3 Avr 2020 - 19:43

Je te salue ma sœur, et t’apporte mon heureuse fortune : oui, j’ai pu céder le brick capturé à un bon prix et engraisser encore notre caisse commune. Quant au reste de son équipage, qu’ils aillent se faire pendre ailleurs.

Nous commençons à nous interroger sur les possibilités d’investissement. Céder le Rebecca pour un autre navire ne semble pas être une option : non seulement la capitaine y attache une forte valeur sentimentale, mais en plus je dois reconnaître qu’une frégate est exactement le type de navire qu’il nous faut, à savoir un bon compromis entre disposition de cargaison et puissance de feu.

Profitant de notre présence à Kiera, notre maitre charpentier Caporal fit le tour de ses chantiers navals, mais il ne put que confirmer ce qu’il pressentait : il n’y avait aucun moyen technique d’améliorer notre fier vaisseau.

Restait l’option de commencer à se constituer une véritable flottille en achetant un deuxième navire qui serait spécialisé, par exemple dans le transport de marchandises. Mais cela nécessitera d’importants moyens financiers et surtout un véritable choix pour notre avenir commun. Personnellement, je nous vois bien à la tête d’un convoi redéfinissant les routes commerciales de Caribdus, des populations entières dépendant de nos biens !

Il était maintenant temps d’étudier notre route pour atteindre Baltimus. Notre première étape étant la Baie des Pirates, il était évident que nous devions prendre une pleine cargaison de fer, le bénéfice en serait juteux. Et avec les ressources à disposition, nous n’eûmes aucun mal à repartir les cales du navire pleines à craquer.

Et là, je dois te conter une rencontre des plus perturbantes, nous rappelant de la plus effroyable manière à quel point monstres marins et tempêtes ne sont pas les pires dangers de notre rude mode de vie.

Alors que nous étions dans la Mer des Pirates, notre vigie Kalas nous héla depuis son poste : une frégate désemparée était en vue. De loin, nous pûmes déjà voir dans quel piteux état elle avait été laissée : démâtée, voiles déchirées, trous béants dans la coque… Tout montrait un terrible canonnage, résultant plus d’une mise à mort que d’un combat.

L’horreur nous attendait à bord : au milieu des corps mis en pièces de ses camarades déambulait telle une âme damnée l’ultime survivant, nez et mains tranchés, à l’évidence laissé là comme témoin du massacre.

Une fois le navire abordé, nous pûmes interroger le malheureux sur ce qu’il s’était passé. En route vers la Baie des Pirates, le Conquistador marchait bon train avec sa cargaison de bois depuis le port de Victoria. Il rencontra son funeste destin deux heures plus tôt, sous les traits du galion pirate Chien Enragé.

Malgré sa rapide reddition devant une telle puissance de feu (je te rappelle qu’un galion ne compte pas moins de 16 canons !), ils ne purent que succomber à la terrible réalité : ces pirates étaient d’une sorte particulière, de celle bien plus intéressée par sa réputation que par le butin. Leur abominable forfait accompli, les forbans avaient fait voiles vers l’est.

Après avoir permis à Cataléya de mettre fin aux souffrances du misérable, nous nous mîmes à l’exploration du navire, sans grand espoir d’y trouver quoi que ce soit restant du pillage. Dérisoire pointe d’orgueil, je fis partie de ceux au douteux privilège d’en être capable malgré le spectacle des corps de l’équipage.

Alors que la cale ne présentait bien sûr aucun intérêt, nous eûmes la surprise de découvrir dans le journal de bord que le capitaine du Conquistador était des nombreux rêveurs à la recherche du trésor légendaire de Rufus Barberouge. D’après ses écrits, le secret de la cachette serait révélé par six artefacts en forme de triangle de mêmes côtés, la condition étant de les réunir en formant une étoile de type double triangle (merci à mon professeur de mathématiques pour pouvoir donner cette précise description). Mieux encore, le capitaine en détenait un !

Un rapide examen de notre mage Dave nous confirma que le triangle n’était plus à bord. Nul doute que les pirates l’avaient trouvé ! Leur sauvagerie ne devait pas nous faire oublier qu’ils avaient commis une erreur : en laissant le journal, ils avaient ouvert la voie à d’autres participants à cette course. Néanmoins, notre puissance de feu, bien que conséquente, ne pouvait rien face à celle d’un galion, fut-il commandé par une brute imbécile. Nous prîmes donc la décision de ne pas nous lancer à sa recherche, mais plutôt de commencer à chercher de notre côté les artefacts restants.

Après avoir emporté le journal, se posa la question de l’épave. Il était malheureusement exclu de la vendre : même au poids du bois, la superstition régnant dans le milieu maritime rendait tout simplement inimaginable la possibilité de trouver un acheteur pour un navire au si tragique destin. D’une mèche enflammée dans la sainte-barbe, réserve de poudre du navire, nous offrîmes au Conquistador et son équipage une funèbre immersion.

Morne fut la fin de notre périple jusqu’à la Baie des Pirates. A ma satisfaction, nous pûmes y vendre la plus grande partie de notre cargaison de fer, laissant la place pour de nouveaux biens. Mais ce n’était pas le but principal de notre présence. Te souviens-tu comme je te l’ai décrite plus tôt de l’impossibilité technique d’améliorer le Rebecca ? Eh bien, cela nous laisse la possibilité magique !

Je peux voir tes pupilles s’écarquiller. Et oui, contrairement à la pseudo-civilisation, la Baie des Pirates offre aux entreprenants la possibilité particulière de pouvoir accéder à des artefacts prodigieux, et nous en avions repéré un il y a quelques semaines, alors que nous n’avions pas encore les moyens de nous le procurer. Mais maintenant, nous avions  bien les 30 000 pièces de huit requises. Et le marchand avait tenu parole en nous la réservant contre 300 pièces de huit. Et oui, nous parlons là de sommes énormes, il n’est pas donné à tout le monde d’avoir la capacité de les réunir.

Une fois l’argent mis sur la table, Dave put enfin examiner le précieux bijou pour attester de sa valeur. Gagné ! Fixé sur le grand-mât, l’artefact permettait de rendre le Rebecca insensible aux dégâts dus à une tempête, quelle que soit son origine. Un atout incroyable qui d’un fléau en faisant un avantage ! Voilà de l’argent bien investi.

Et ce n’est pas tout : notre réputation de marins aux moyens conséquents commençait à se faire sentir et nous reçûmes une offre pour une autre relique : le couteau du grand Barbenoire ! J’implorais mes compagnons d’investir dans cette nouvelle occasion. Même s’il se révélait inutile, j’étais sûre de pouvoir le revendre au double ! Mille fois hélas, échaudés par l’achat important que nous venions de faire, ils refusèrent de suivre mes recommandations. Corne de Bouc, le succès ne se fait pourtant pas sans prise de risque !

Le Rebecca doté de son nouvel attribut, nous nous mîmes à l’étude de la suite de notre voyage. Et là, l’étude des routes maritimes me livra un constat sans appel : rien de ce que nous pouvions trouver dans la Baie des Brigands ne trouverait preneur à l’ouest ! Je parvins à calculer qu’en faisant halte à Lanos, nous y trouverions de la nourriture que nous pourrons revendre à Baltimus, mais dans l’intermède, il valait mieux laisser le Rebecca quasiment à vide.

La route vers Bristo se fit sans difficulté. Nous eûmes même le plaisir simple d’une petite pause récréative avec l’apparition d’un grand requin blanc d’environ 8m de long.

Nous fîmes également la rencontre du Jeannette, brick battant le pavillon de Swindon. Après les salutations d’usage, nous pûmes faire la connaissance de ces fameux corsaires chasseurs de pirates. Nous en profitâmes pour l’informer de notre rencontre avec les victimes du Chien Enragé, et ils firent aussitôt voiles plein est. Je leur souhaite bonne fortune.

Sans nous arrêter à Bristo, nous virâmes plein tribord pour longer les côtes jusqu’à Lanos pour un voyage qui s’avéra étonnement rapide. Après y avoir fait le plein de denrées pour Baltimus, il était temps de faire un peu de tourisme.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Lanos10

Lanos n’est pas d’un seul tenant, plutôt un groupement d’îles reliées par une noria de canots. Peu de passerelles, mais elles sont en projets. Les maisons y sont de style peu ordinaire, montées sur pilotis pour se préserver des eaux montantes.

Étonnamment, un seul débit de boissons y vend de quoi faire convenablement la fête : la Fille de Débauche. Un nom pour faire rêver les marins d’eau douce s’imaginant qu’ils s’y encanaillent, vu le contraste saisissant avec les bouges que j’ai connus à la Baie des Pirates !

Nous y étions attablés pour goûter le cru local quand nous fûmes abordés par le patron, un humain répondant au nom de Jonathan Taylor.

Il aurait un travail pour nous.


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Message par SPX Spécial le Ven 3 Avr 2020 - 19:47

Ce qui rapporte à Gildor encore un point.

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Message par Gildor le Sam 2 Mai 2020 - 0:14

Tu m’excuseras ce petit suspense : évidemment que j’aurais pu continuer de te conter la suite dans ma lettre précédente, puisque je l’ai vécue avant de l’écrire. Au moins étais-tu sûre que j’étais toujours vivante après cette petite affaire, puisque j’avais pu t’écrire son commencement. La conclusion en fut très rapide : tout fut fini en une nuit. Mais ce ne fut pas sans stratégie de notre part, comme tu vas le découvrir.

Après les formalités d’usage, Taylor entra dans le vif du sujet : des paysans travaillant dans les rizières avaient disparu, et le service d’ordre local n’avait pas les moyens de faire des recherches approfondies en dehors de la ville. Une autre manière de dire que les gens d’armes n’avaient guère l’envie de salir leur bel uniforme dans la boue des rizières.

Personnellement, dès que j’entendis qu’il proposait deux cents pièces de huit par personne juste pour découvrir ce qu’il était arrivé, je savais que j’allais dire oui. Voilà de quoi financer ma petite envie de boutiquer, car notre combat naval, bien que sans réel danger pour moi, m’avait bien marquée. Je profitai donc de notre halte pour aller à l’armurerie de la ville et y acheter, entre autres biens, une solide armure de cuir.

Je dois dire que je n’étais pas mécontente de la fière allure qu’elle m’amenait. Avec ma rapière à mon côté et mes quatre pistolets également nouvellement acquis barrant ma poitrine, je gage qu’à ma vue Père m’aurait instantanément reniée et Mère serait tombée en pâmoison ! Je crois que j’aime ma nouvelle tenue de bataille !

Mes compagnons avaient eux aussi tiré les enseignements de nos aventures, et quelques lances-grappin vinrent rejoindre notre arsenal.

Il est maintenant temps que je te présente une de nos membres d’équipage : une jeune Doreen nommée Trix, éclaireuse. Enrôlée à la base pour l’exploration éventuelle de terres inconnues, (toujours possible d’en rencontrer durant nos voyages, les récents cataclysmes nécessitant un complet renouveau de notre cartographie), elle allait s’avérer précieuse pour détecter les traces des disparus.

Une fois notre petit comité enfoncé dans les terres près des lieux où avaient été vus pour la dernière fois les disparus, ce fut presque trop facile. Trix détecta rapidement traces de lutte et de trainée de corps. Retournant vers la mer, la piste finit par déboucher sur une de ces petites criques si propice aux activités de contrebande loin des regards indiscrets. Mais celle-ci avait un aménagement bien particulier.

Les disparus étaient bien là, s’affairant dans un champ encerclés de gardes-chiourme. Sur le côté, une grande cage leur servant sans doute d’habitat pour la nuit, avec une petite cabane pour le personnel encadrant. Et, ancré dans la crique, un petit sloop attendant vraisemblablement son chargement de pavot.

Oui, tu as bien lu. Ces entreprenants imbéciles cumulaient les erreurs, aux confins du désir de mort : enlever des paysans (bonjour la discrétion) pour faire concurrence aux puissantes Triades de Dei King. Tu sais, ceux qui se contentent d’une décapitation quand ils sont d’humeur magnanime et qui ont un sens de l’humour très peu développé quand il s’agit de gérer la libre entreprise interférant avec leur monopole des opiacés.

La question était maintenant de parvenir à maximiser nos gains. J’eus quelques difficultés à convaincre nos compagnons les plus entreprenants que tenter de vendre un chargement de pavot en toute discrétion restait une mauvaise idée. Tout transporteur non muni des lettres de marque pour cette marchandise était traité tel un pirate, pendu haut et court. Sans compter qu’il s’agissait de défier les Triades. Non vraiment, la balance gain et risque était par trop déséquilibrée.

Retournant au port, nous rembarquâmes aussitôt sur le Rebecca pour une petite expédition nocturne. Grâce à nos minutieux repérages, c’est sans mal que nous retrouvâmes la crique. Maniant fermement la barre, la capitaine Abraham fit pivoter le Rebecca, bloquant l’entrée de la crique, et fit donner du canon, tirant un coup de semonce. Puis, empoignant son porte-voix, elle intima aux contrebandiers en herbes de se rendre. Je te rappelle qu’un sloop ne dispose que de quatre canons, bien faible face à notre puissance de frappe de huit canons, de surcroit d’un calibre bien supérieur. L’issue ne faisait guère de doute, n’est-ce pas ?

Quelques heures plus tard, c’est triomphalement que nous fîmes notre entrée au port, le sloop en remorque. Les paysans libérés avaient déjà annoncé notre succès, et Taylor nous attendait sur le ponton.

Le résultat allant bien au-delà de notre mission d’origine, je n’eus aucun mal à négocier le double de nos gages. Et enfin je tirai un bon prix de notre prise. Vraiment une nuit des plus fructueuses. Et le lendemain, c’est les cales pleines de nourriture que nous partîmes vers Baltimore pour une très rapide traversée.

Et en effet, nous accostions à peine deux jours plus tard. L’importance de la ville me permit de vendre l’intégralité de notre cargaison sans peine et nous pûmes nous préparer au voyage terrestre vers Maroa, destination finale pour remettre le pli impérial à l’autorité suprême des Atani.

Au passage, pendant que nous musardions, nous découvrîmes la boutique de Bori Balfor, un herboriste avide de spécimens exotiques. Il était prêt à donner un bon prix pour des plantes de l’intérieur des terres de Torath Ka, mais une rapide étude nous convainquit que ce n’était pas pour nous : il n’y avait rien sur cette île sauvage qui pourrait mieux rentabiliser l’expédition, et celle-ci nécessiterait de s’enfoncer dans les terres à une semaine des côtes. C’est un véritable convoi terrestre qu’il faudrait, et je ne vois même pas comment un seul navire pourrait assurer une telle aventure.

Les routes étant sûres, c’est sans soucis que nous parvînmes enfin à la capitale du peuple ailé et pûmes demander la grâce d’une audience.
Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Maroa11


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Message par SPX Spécial le Mar 5 Mai 2020 - 10:46

Et un point supplémentaire pour Gildor !

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Message par Gildor le Sam 30 Mai 2020 - 12:27

Tamara, c’est avec une bouteille du cru local à la main que je t’écris, et crois-moi cette fois-ci, j’en ai bien besoin !

Maroa est une de ces cités digne des contes de fées, une vision digne d’un autre monde : un arbre colossal, au tronc de plusieurs centaines de mètres de large, si haut que je ne puis en percevoir le sommet. À son pied s’étale la Ville Basse (je t’accorde que ce triste manque d’imagination casse le mythe), deux mille habitants non-Atani vivant dans les marécages avec la salubrité que tu peux imaginer.

Et au-dessus, dans la canopée du géant, Maroa, capitale des Atanis. Et cela confirme la rareté de ce peuple : même en ce lieu, ils ne sont que deux centaines. Mais c’est amplement suffisant pour assurer la défense de la cité : montés dans une cage reliée à un curieux système de poulies et de contrepoids (Caporal a adoré ça), nous nous élevâmes sans effort vers la cité supérieure. Nous traversâmes les cieux et purent admirer ses habitants ailés glissant sans effort dans l’azur tels des nageurs entre les vagues.

Par notre statut d’émissaires, nous fûmes accueillis au cœur même de la capitale, et ce n’est pas une expression : le tronc même avait été creusé ! Mes yeux ne pouvaient cesser de parcourir ces lieux comme jaillis d’un autre monde, pour finalement s’arrêter sur les huit Atanis constituant le conseil dirigeant, assis en demi-cercle. Tout à mon émerveillement, je ne m’étais même pas rendue compte que nous étions dans leur palais. Richement habillés de bijoux et de plumes, ils attendaient tranquillement ce que nous avions à leur dire.

Je déglutis péniblement, et m’avança. Et oui, ce devait être le moment de Kalas, mais le coquin de sort en avait décidé autrement : un mauvais tord-boyaux l’avait clouée dans son hamac, et étant à la fois Masaquani et diplomate du groupe, la lourde charge de représenter notre Empereur m’avait été transmise.

Je gage que jamais Père n’aurais imaginé une telle chose : sa fille émissaire spéciale de la plus haute autorité de ce monde, sa Magnificence Jannis Jant de l’Empire Kieran !

Tremblante, je parvins à maitriser ma voix et présenta le pli impérial avec tous les superlatifs de circonstances, plus quelques-uns supplémentaires que j’ai improvisés. Puis il nous fut permis de nous retirer en attendant la réponse.

Retirés dans une antichambre au sublime mobilier, nous pûmes déguster des fruits aux vertus quasi-magiques et buvant dans des verres en bois. Ne t’imagine surtout pas un gobelet d’auberge, mais bien une petite œuvre d’art sculpté du biseau le plus fin. D’ailleurs, le matériau de base de cette cité était bien le bois, je n’y ai vu ni pierre ni acier, ce qui est plutôt normal vu l’altitude.

Seulement une heure plus tard, le conseil requerra notre présence. Un peu calmée, j’observais que les huit alternaient hommes et femmes et qu’un couple semblait être central. La « reine » se leva alors et me remit la réponse à transmettre à mon empereur. Puis, les amabilités d’usage échangées, nous pûmes prendre congé et moi prendre une bonne rasade revigorante.

Avant de redescendre sur le plancher des vaches, je pris le temps de me renseigner sur ces fruits si particuliers. Hélas, je dus déchanter : impossible à conserver sur le long terme, ils étaient impropres à un transport par navire et j’abandonnais l’idée de d’exploiter la botanique locale.

Le retour à Baltimus se fit sans heurt, le pli soigneusement plaqué contre la poitrine de notre capitaine avant de rejoindre le petit coffre du Rebecca.

Alors que nous marchions sur le ponton vers le Rebecca, un vieux Masaquani à la barbe et aux cheveux violets s’interposa.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pj_bur10

Se nommant Burty Bartocks, il se présenta comme un artilleur à la recherche d’un travail. Et par la barbe de l’empereur, il fit la plus pitoyable présentation de ses compétences et de son passé que j’ai jamais vue. Une véritable caricature : il ne parla pratiquement que de ses malheurs et des injustes accusations dont il était l’objet !

Pas vraiment ce que souhaiterait entendre un éventuel futur employeur, pas vrai ? Mais il faut croire qu’Abraham était de bonne humeur, se sentait d’âme charitable ou encore voyait l’utilité d’un clown à bord. Toujours est-il qu’elle l’engagea comme simple matelot, à voir s’il ferait ses preuves.

Ah oui, à propos d’équipage, nous avions profité de cette longue halte à Baltimus pour avoir un nombre conséquent de matelots capables de faire face en cas de combat naval. Et c’est fort de ses vingt matelots et dix officiers que le Rebecca reprit le large, sa cale pleine de biens divers, direction le sud !

Notre voyage jusqu’à la Couronne de Bluth se fit à bonne marche, Dave se surpassant de ses sortilèges. J’eus parfois la sensation que le vent était notre serviteur exclusif. Sur le chemin, nous faisions quelques escales pour vendre nos marchandises. Notre destination n’étant composée que de quelques bâtisses contenant une vingtaine d’habitants, il ne fallait guère compter sur eux comme clients.

Lanos, puis Swindon eurent l’honneur de nous accueillir. Et enfin nous arrivâmes à la Couronne, dernière étape avant de virer plein est vers l’inconnu des Dents de l’île de Torath-Ka.

Que diable allions nous voguer par-là, vas-tu me demander, sur ces terres sauvages où les seuls échanges sont ceux de larmes et de sang ? Et bien figure-toi que la capitaine avait depuis le début un but, une mission : sauver Caribdus d’un nouveau cataclysme, celui que nous avions vécu précédemment n’en étant que les prémices. Et d’après les informations réunies par l’équipage avant que je ne les joigne, c’était là qu’habitait une sorcière qui saurait les renseigner. Tous mes efforts n’avaient pour mes compagnons qu’un but : réunir les fonds pour une telle expédition.

Mais après tout, qui sait. Dans l’inconnu, si des opportunités de s’enrichir se présentaient, j’en serais la mieux placée de tout Caribdus pour en profiter !

Pour l’heure, c’était l’heure de la ballade touristique à la Couronne de Bluth, trou perdu et lieux de pèlerinage pour tous les mages du pays. Je ne connais pas toute l’histoire et sans doute pourras-tu trouver des ouvrages les relatant mieux que moi si cela t’intéresse. D’après ce que j’ai compris, un mage très puissant nommé Baccius Bluth pu joindre les quatre éléments et les scella dans les menhirs de l’île. Et justement un groupe de mages était en train de les étudier quand nous arrivâmes. D’après l’un d’eux, se présentant comme Pars Portri, les sceaux se dégradaient, ce qui provoquerait un déséquilibre dans les années à venir. Portri connaissait un rituel pour réparer les dégâts, le vrai problème était les ingrédients.

Accroche-toi, on dirait une (mauvaise) blague :

- Une part de lave du Grand Volcan de Torath-Ka
- Une part d’or des Volutes de Kehanas
- Une part d’air du plus haut pic des Monts Coaker
- Une part d’eau de la Croix du Diable (le meilleur pour la fin !)

Je gage que s’il existait un cinquième endroit encore plus dangereux dans ce monde, il aurait fallu en tirer un ingrédient supplémentaire.

Cataléya tenta alors de négocier une avance sonnante et trébuchante, mais je m’interposai : il y avait un coup beaucoup plus fin à faire. Te souviens-tu que le Rebecca ait atteint sa limite technique ? Eh bien, nous avions là un client capable d’ignorer lesdites limites et, je te le demande, pourquoi discuter d’une chose aussi vulgaire que l’argent avec un mage si fin lettré qu’il pouvait nous rétribuer de nos efforts de manière bien plus élégante : des sortilèges pour le Rebecca.

Et le voyage vers les Dents commença.

Honnêtement, je m’attendais à rencontrer un monstre géant tous les jours. Comme quoi, la peur de l’inconnu fait bien travailler l’imagination. Mais il n’en fut rien : c’est sans problème que nous rejoignîmes l’île vierge et commençâmes à longer sa côte sud. Prends une carte, et tu te rendras compte que notre destination est à l’extrême sud-est de la partie orientale de l’île coupée en deux.

Étrange chose pour moi habituée à la civilisation de voir ces côtes vierges, pleines de dangers. Mon imagination me faisait sentir les bêtes et peuples de coupeurs de têtes nous guettant, prêts à bondir sur l’inconscient qui oserait aborder leurs terres.

C’est en croisant au large du Grand Volcan que vînt l’idée géniale au cours de nos discussions du mess : il n’avait jamais été précisé que nous devions aller chercher la part de lave requise par Portri dans la cheminée même du volcan. Or, l’un des dangers connus de ces monstres géologiques est bien la coulée de lave dévastatrice. Et si nous avions la chance de repérer un de ces reliquats d’éruptions dévalant les flancs de la montagne jusqu’à la mer ?

C’est sans relâche que nous guettions la côte lors de notre passage près du volcan, et nos efforts furent récompensés ! Telle une lame tranchant la forêt tropicale, une sombre coulée plongeait dans la mer depuis le Grand Volcan que nous pouvions apercevoir au loin.

Nous jetâmes l’ancre et commencions à armer le youyou, lorsqu’une surprise désagréable se révéla : à proximité de notre cible paressaient trois crabes grands comme des chevaux. C’est donc bien sur ces côtes que nous pouvions trouver de tels monstres. D’ailleurs, à notre retour pour Kiera, il faudra songer à tenter d’en chasser : le maitre coq des cuisines impériales avait fait passer le mot qu’il était toujours à la recherche de cette chair raffinée. Pour l’heure, il n’en était pas question : nous ignorions combien de temps prendrait le voyage et la viande se gâterait.

Le plan fut des plus simples : par son espèce, Trix (une Doreen, me permets-je de te rappeler) était la meilleur nageuse de l’équipage. S’équipant d’un piolet et d’un sac, elle plongea dans l’eau alors que nos canons se tenaient prêts à la couvrir. Tout se passa sans heurt, et c’est sous les vivats que la jeune fille rayonnante rapporta notre étape suivante pour faire du Rebecca le plus puissant vaisseau de tout Caribdus !


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Message par SPX Spécial le Sam 30 Mai 2020 - 14:41

Ce qui accorde donc à Gildor encore un point.

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Message par Gildor le Mer 5 Aoû 2020 - 23:52

Très chère Tamara, mes yeux ont vu tellement de merveilles que j’ose à peine te les décrire sans que tu te figures que j’aie succombé à mes mauvaises fréquentations et les liqueurs qui vont avec. Ce que je vais te conter est digne des contes de fée de notre enfance, mais sache que je ne fais que décrire l’exacte vérité.

Quelques jours après le haut fait de Trix, nous parvînmes enfin aux Dents si redoutées. Et leur réputation n’est pas surfaite : étroit goulet où la mer s’engouffre dans un terrible rugissement, je crus mille fois voir notre navire se fracasser contre les hauts récifs de plus de quinze mètres de haut, ou bien sur les vertigineuses parois des falaises encadrant les flots tumultueux. La capitaine, Cataléya et Jones se cramponnaient à la barre pour naviguer dans une course suicidaire, et ce fut finalement Jones qui parvint à contrôler les vents pour maintenir un cap sûr.

Et enfin, nous débouchâmes sur une pièce d’eau coincée entre les deux parties de l’île, aux eaux relativement tranquille. Et je crus que le choc de cette terrible navigation m’avait ébranlée au point de me donner des hallucinations.

Là, devant le Rebecca, au centre du lac, jaillissait un puissant geyser au diamètre insensé au sommet duquel trônait un manoir ! Tressa la Rouge avait une habitation digne de sa réputation.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Tour_d11

Le choc passé, nous tînmes conseil : comment atteindre la porte, à plus de soixante-quinze mètres de haut ? Une nouvelle fois, Jones nous démontra la valeur de son soutien. Murmurant des incantations au milieu du pont, il finit par se redresser brutalement, poussant un puissant cri qui n’avait rien d’humain, que j’avais déjà entendu : celui d’un roc ! Et on lui répondit ! Dans une bourrasque, l’un de ces gigantesques oiseaux se posa sur le Rebecca, faisant craquer la structure sous sa masse.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Roc10

Nous nous équipâmes rapidement puis montâmes à bord de la bête. Et dans un vent de tempête, le roc pris son envol. Je volais, Tamara ! Accrochée en plumage de notre monture, je pus admirer le ciel et la terre d’un point de vue dont l’homme ordinaire n’a jamais pu que rêver !

Mais il fallait bien que ce rêve éveillé prenne fin. Jones finit par amener le roc près de la porte du manoir. Descendant à regret du colosse, nous pûmes entrer. Ce fut un passage dans un autre monde où les règles de la réalité ne sont plus celles communément admises.

Notre hôtesse nous annonça immédiatement la couleur. D’une entrée dans une tour ronde, nous débouchions dans une salle carrée aux dimensions bien trop grandes pour être contenue dans la tour. Il s’agissait d’un salon avec une porte nous faisant face. Canapé, bibliothèque, tapis et divers meuble rendaient le lieu agréable, si ce n’est son occupant : un ara plus grand qu’un aigle nous mettant au défi de trouver la clef.

Nous aurions pu tenter de passer en force, mais, mis à part que Jones nous avertit que la porte était magiquement renforcée, il fallait bien admettre que casser le matériel n’était pas la meilleure façon d’entamer des relations amicales avec la maitresse des lieux. Après bien des tâtonnements et des recherches, ce fut finalement Cataléya qui trouva par hasard ladite clef : il suffisait d’appuyer sur une carte accrochée au mur sur l’île d’Azy Cay. Parle-moi d’un jeu de mot douteux. Et, alors que Jones se remettait encore d’une décharge subie en représailles d’une tentative de crochetage, la porte s’ouvrit… sur un couloir de feu !

Oui, tu as bien lu. Je ne te parle pas de murs enflammés, mais bel et bien de parois constituées, si je puis dire, de feu. Heureusement, un quadrillage au sol montrait sans doute réel la voie à suivre et, après un timide départ de ma part, Cataléya s’engagea sans hésiter.

Mais nous n’étions pas au bout de nos efforts : air avec l’entrée, terre avec l’île pour entrer et derrière nous le feu… il ne manquait plus qu’un seul des quatre éléments alchimiques. Et bien sûr, nous y eûmes droit : un couloir d’eau, et cette fois-ci sol et plafond compris. Équipés de cordes, Jones et Trix s’élancèrent et franchirent l’obstacle sans peine, nous tractant jusqu’à la porte finale où nous débouchâmes dans l’immense salle de travail de Tressa la Rouge, celle-ci nous attendant tranquillement assise à son bureau.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pnj_tr14

Nous souhaitant la bienvenue, elle nous annonça qu’elle attendait précisément des aventuriers de notre acabit, assez hardis et compétents pour l’atteindre. Il fallait bien ça pour sauver le monde.

Comme mise en bouche, elle nous conta comment tout avait commencé, treize ans plus tôt : trois sœurs sorcières furent exécutées mais devinrent les Sorcières de la Mer. Elles déchainèrent les cieux et provoquèrent un transfert de l’eau depuis un autre monde, à l’évidence celui d’où viennent les Humains.

Cette passerelle d’un monde à l’autre est à l’évidence ce qu’on appelle maintenant la Croix du Diable. Et surtout elle est toujours ouverte : même si le choc d’ouverture avait été cataclysmique, la voie est toujours ouverte et c’est par elle que continue à venir les eaux provocant la lente mais irrésistible montée de nos océans.

Heureusement, Tressa avait des indices sur comment arrêter cette fin de notre civilisation : détruire les trois Sorcières. Et crois-moi, cela s’annonce encore plus compliqué que tu peux l’imaginer : déjà rien sur le moyen de les annihiler, juste les invoquer : aller à la Croix avec un verre d’eau d’un autre monde et dire leur vrais noms, bien entendu inconnus.

Maigre consolation : Tressa avait entendu parler d’une relique se présentant sous la forme d’une gemme, nommée la Larme de Lys. Elle aurait le pouvoir d’exaucer les vœux. De sa localisation, elle ne sait rien, si ce n’est qu’elle serait détenue par un nommé Thomas de Orinjo. Heureusement, ce nom n’était pas inconnu d’un membre de notre équipage : d’après Jones, il s’agit d’un mage du feu mercenaire à louer, résidant aux Iles Grises.

Navrée de ne pouvoir nous renseigner plus, Tressa tînt à nous faire deux cadeaux pour nous aider dans notre quête : à Jones, impressionnée par son Roc, elle offrit un livre de magie, quant à nous, elle nous indiqua l’emplacement du Carcanus, un navire Kraken coulé au large des Dents. Ses voiles magiques nous donneront un nouvel avantage en cas de mauvaise rencontre.

Lorsque nous lui objectâmes que le Rebecca ne pourrait remonter les rapides, elle sourit et se contenta de nous donner un Corne de Brume dans laquelle nous pourrons souffler à notre retour pour nous garantir un passage sauf.

C’est alors que le bâtiment entier se mit à vibrer et j’eus un léger haut-le-cœur. Un rapide coup d’œil à la fenêtre me confirma ce que je ressentais : le geyser perdait de sa puissance, permettant une douce descente de l’île entière à la hauteur du Rebecca qui nous attendait sagement à l’ancre. Nous pûmes même apercevoir Caporal et son équipe remonter son butin à bord.

Oui, je ne t’en avais pas parlé tellement j’étais pressée de te décrire notre envol : nous avions repéré une épave juste à la sortie des rapides, et l’état de parfaite conservation de sa proue en forme de dauphin vert alors que tout le reste du navire avait subi les outrages du temps ne nous laissait guère de doute quant à sa nature, que Jones put confirmer une fois remonté à bord : nous avions mis la main sur un artefact magique !

Et à propos de mains…

Un tonnerre liquide résonna entre les falaises. Les eaux à bâbord et tribord se soulevèrent telles des murailles et se déformèrent en deux colossales main. Doucement, telles une mère avec son nouveau-né, ces apparitions saisirent le Rebecca et filèrent droit vers les rapides ! Nous remontions le courant, la quille effleurant tout juste les eaux tumultueuses ! Et enfin nous revinrent aux dents où les mains posèrent doucement le Rebecca avant de s’évanouir en mer.

Nous nous accordâmes quelques instants pour nous remettre de toutes ces émotions et nous élançâmes vers l’épave indiquée par Tressa la Rouge. Le Carcanus était bien là, à quelques dizaines de mètres de profondeur. Hélas, nous pouvions voir que la mort rôdait en ces lieux : des requins ! Des dizaines de ces maudits mangeurs d’hommes ! Impossible de plonger sans devenir la proie de ces monstres. Au moins, nous pouvions voir qu’il s’agissait de requins usuels, pas un de ces géants que nous avions déjà croisé.

Heureusement, je me souvenais de ce récit que j’avais lu enfant, celle d’un pirate pris dans une situation similaire : un trésor enfoui au milieu de pieuvres géantes. J’exposais rapidement un plan : quelques bombes sous-marines pour effrayer et maintenir à distance les prédateurs et une cage pour servir de refuge aux plongeurs.

Évidemment, nous ne disposions pas présentement d’un matériel si particulier. C’est donc avec entrain que, toujours fabuleusement poussés par les vents de Jones, nous mires le cap pour contourner Torass Ka par sa côte Est en direction de notre prochaine destination où à coup sûr nous trouverons tout ce dont nous avions besoin : Kiera !


Dernière édition par Gildor le Ven 30 Oct 2020 - 23:55, édité 2 fois

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Message par SPX Spécial le Jeu 6 Aoû 2020 - 7:11

Et un point de plus pour Toshi, qui arrive à 28 PX si je ne me trompe point. Tu confirmes ?

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Message par Gildor le Jeu 6 Aoû 2020 - 7:43

confirmé

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Message par Gildor le Sam 12 Sep 2020 - 11:52

Cette fois Tamara, point de magie, de créatures extraordinaires ou de navigation effrénée. Pire encore, on pourrait dire que je suis allée à l’encontre même de la fondation des contes de fées en sabotant un mariage ! Mais vois plutôt…

Notre étape à Kiera fut des plus prolifiques : profitant des chantiers navals, la Capitaine mit le Rebecca en cale sèche afin de prodiguer à sa coque encroutée un carénage bien mérité. Nous mîmes ce temps à profit pour fixer notre nouvelle proue. Et voici le Rebecca doté d’un nouvel artefact ! J’en tremblais d’excitation à l’idée que nous avions fait un nouveau pas dans la légende…

Comme nous étions dans la région, nous en profitâmes pour commencer à enquêter sur Thomas de Orinjo et avec succès : alors que nous achetions notre matériel anti-requin pour la quête de notre future voilure, le vendeur nous apprit que le mage avait embarqué à bord du Vaillant.

Savoir où ce navire était parti devrait être la partie facile : il suffisait de demander à l’officier de port, un Masaquani nommé Grambus Gramm. Grand homme large d’épaules, cicatrices sur le visage, l’archétype du fruste officier corrompu. Obtenir une information aussi anodine que la destination d’un quelconque navire ne devrait nous coûter que quelques piécettes, n’est-ce pas ?

Oui je sais, je suis parfois d’une naïveté confondante.

Il s’était manifestement passé quelque chose de grave, car l’abominable faquin exigea la somme invraisemblable de cinq mille pièces de huit pour que nous obtenions satisfaction ! Je tentais bien de l’intimider par mes contacts à la Cour Royale, mais pas moyen. Ce bouffon était décidé à ce que seule la satisfaction de son absurde exigence lui ouvre la bouche !

Refusant de nous abaisser à céder (mis à part le gâchis que cela aurait représenté, tu imagines bien que notre réputation en aurait pâti également), nous mîmes en œuvre la stratégie classique mais toujours efficace : l’écumage des tavernes. Et le Grand Cric sait qu’il y a de quoi faire dans la capitale impériale !

Et en quelques heures, nous obtînmes satisfaction : il y avait bien eu un incident. Le Vaillant avait été arraisonné à la prison de Yumas avant de repartir vers le Nord. Ces renseignements étaient maigres, mais au moins avions-nous un point de départ. Et, le Rebecca remit à flot, nous mires le cap sur la triste mine-prison de l’Empire.

Tu te doutes bien que ce n’était pas exactement ce qu’on pourrait appeler un lieu de villégiature : une cinquantaine de prisonniers tenus en respect par des gardes et surtout la proximité de la capitale et donc de rapides renforts. Heureusement, nous ne faisions que passer après avoir demandé au gouverneur des lieux, le sénateur Racen, de bien vouloir nous informer de ce qu’il s’était passé dans les eaux sous sa responsabilité. Nous comptions sur le Sceau de l’Empereur précieusement conservé comme passe-droit pour lui délier la langue.

Et une fois de plus, cela aurait été trop facile.

Arrivée à Yumas, le Sceau fit merveille face au capitaine du fort Lux Livis pour nous laisser accoster.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pnj_ca12

Et à peine arrimés, nous voilà invités à diner. Je gage que le sénateur avait hâte d’avoir des nouvelles de la capitale, je passai donc le reste de la journée à me préparer.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pnj_go12

Le sénateur Racen nous reçut avec autant d’égards qu’il le pouvait dans sa modeste demeure. Armé d’une rapière, sa quarantaine d’années était bien mise en valeur dans son costume. Il était disposé à nous aider, mais il avait un souci : sa fille Rana, une jeune écervelée, avait eu l’audace de critiquer notre Empereur Mille Fois Honoré devant le capitaine Lux Livis.

Comme tu t’en doutes, ce triste sire comptait bien saisir cette occasion pour monter dans la haute société. Et la parole d’un gouverneur en disgrâce, relégué à un poste aussi peu glorieux que la garde d’une mine-prison, ne vaut guère face à celle d’un militaire. Le chantage de ce rat puant était clair : son silence contre la main de Rana.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pnj_ra13

Tu te doutes bien que, sans même penser à l’importance des informations qui étaient en jeu, mon sang ne fit qu’un tour face à cette injure à ce qui est pour nous, gentilshommes de bonne fortune, notre bien le plus sacré : la Liberté !

Là où je fus surprise, ce fut par la suggestion du sénateur pour soustraire sa fille au désir de grandeur du scélérat. Un enlèvement, rien de moins ! Nous échangeâmes des regards gênés avant que la Capitaine n’explique l’impossibilité pour nous de commettre un tel forfait, fut-ce par subterfuge. Nous avions les meilleurs rapports avec la Cour Royale et à coup sûr ce crime ruinerait tous nos efforts !

Ce fut Cataléya qui trouva la solution : profiter du sens de l’honneur des militaires pour le défier dans un combat à mort sous un futile prétexte. La réputation des corsaires est telle que l’offense serait crédible et il n’y aurait aucun soupçon sur le sénateur. Ce dernier fut impressionné, il ne s’attendait pas à ce que l’un d’entre nous n’hésite pas à mettre sa vie en jeu. C’était montrer son ignorance de notre rude mode de vie : vivre chaque jour aussi intensément que s’il s’agissait du dernier !

L’affaire se déclencha facilement au mess : affirmant qu’on lui avait manqué de respect, Cataléya défia Livis avec force insultes devant ses hommes de telle manière qu’il ne pouvait se dérober sans perdre toute autorité. Et le duel commença.

Je dois admettre que j’espérais que le capitaine sous-estime notre maitre d’armes et que celle-ci lui perce rapidement la bedaine. Hélas, il para ses premiers assauts et compris à qui il avait affaire. À sa décharge, il la prit au sérieux et tous deux nous firent une impressionnante démonstration. Pendant quelques minutes, je craignis même pour la vie de notre camarade. Mais enfin, Livis finit par donner le coup à l’allonge trop longue, permettant à Cataléya de volter autour de sa rapière et, du même mouvement fluide, lui transpercer le cou de sa lame. Et le beau parti de Rana s’écroula, sa brillante ascension achevée dans une mare de sang.

Devant le public ébahi, le gouverneur déclara solennellement que les règles du duel d’honneur avaient été respectées et qu’il ne serait donc question d’exercer des représailles. Puis il nous convoqua dans son bureau. Il était tellement soulagé de ce dénouement résolvant définitivement le problème qu’il offrit en plus de ses renseignements une splendide épée à celle qui avait risqué sa vie pour sa fille. Un coup d’œil de Jones confirma nos soupçons : elle était enchantée, spécialement conçue pour le combat contre des mages ! Voilà qui pourrait être un argument supplémentaire si notre cible ne voulait entendre raison.

Quant au Vaillant, il nous apprit qu’il était en fait officiellement accusé de piraterie et escorté au doc de Paltos, de l’autre côté de l’île. Information supplémentaire des plus préoccupante : le tristement célèbre inquisiteur Torquemada était dans le secteur et, vu sa haine envers les mages, n’était sûrement pas étranger à ce sac de nœuds.

Quelques jours de navigation plus tard, nous atteignîmes Paltos, petite ville de trois mille habitants encadrée par deux immenses falaises. Et sur celle de l’est, trônant tel un sinistre vautour, nous toisait sa gigantesque prison.

Comme d’habitude, nous commençâmes par vendre notre cargaison pour rentrer dans nos frais puis débarquâmes en vue de comprendre la situation. Un docker nous indiqua la Cocoteraie, tenu par Mani Makawn. Au passage, il nous apprit que ce dernier était à la recherche d’une preuve de la mort de son frère qui servait sur le sloop Le Vent Rapide. Et ce fut à cet établissement que nous tombâmes sur l’équipage du Vaillant, mis à la chaine au port.

Après les salutations d’usage (et une vaine tentative de Burty et Trix de vaincre aux fléchettes Deadeye, singe de compagnie du tenancier), Dave O’Shanks, second du Vaillant, nous confirma ce que nous craignions : Thomas de Orinjo et le capitaine Quintas avaient été jetés dans la prison dans l’attente de leur procès.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pnj_da17


Dernière édition par Gildor le Ven 30 Oct 2020 - 23:51, édité 1 fois

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Message par SPX Spécial le Sam 12 Sep 2020 - 13:51

Ce qui nous fait un point d'expérience en bonus pour un total de vingt-neuf pour Gildor.

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Message par Gildor le Ven 30 Oct 2020 - 23:46

Salutations, Tamara. J’espère bien que cette lettre, comme les précédentes, te trouvera en bonne santé, impatiente de découvrir la suite de mes aventures. D’ailleurs, il faudrait peut-être que je songe à les publier. Qui sait, même sous forme de fiction, elles pourraient bien avoir un joli succès et contribuer à notre célébrité. Sans compter l’intéressant effet secondaire de revenus réguliers.

Le nom de Torquemada te dit-il quelque chose ? Oui, bien sûr, je parle de cet humain affluant qui est persuadé, au nom de je ne sais quelle inique divinité, de devoir éradiquer les mages de nos terres. Heureusement que notre Sérénissime Majesté n’écoute pas ces inepties et les laisse aux fanatiques de Nouvelle Madrid. Hélas, nous sommes loin de la Cour Impériale, et Torquemada dispose de puissants appuis. Assez pour commander le navire Perdition avec ses soixante-dix marins fanatisés et surtout ses vingt-quatre canons !

Pourquoi ce petit cours de géopolitique me demanderas-tu ? Eh bien car j’ai eu l’immense autant que douteux honneur de croiser son chemin, en tout cas celui de ses plans. Comme tu l’as sans doute deviné à cette introduction, c’est à sa funeste influence que nous devions le détournement du Vaillant et l’emprisonnement de Tomas de Orinjo. Heureusement, Torquemada lui-même et surtout son terrible navire n’étaient pas encours arrivés, l’abusive arrestation n’étant faite que grâce à la complicité du traître gouverneur de Paltos.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pnj_go13

Eh oui Tamara, c’est là une grande honte. Poussé par l’appât du gain, le gouverneur fait bel et bien une chasse privée aux mages qu’il livre ensuite à l’inquisiteur contre sonnante et trébuchante rétribution. Un gouverneur de l’Empire soumis à l’or d’un étranger, quelle indignité de voir ainsi bafouée l’autorité de notre Lumière Bien Aimée !

D’autant plus que nous avions besoin de sa coopération ! L’équipage du Vaillant était tout à fait disposé à mener un assaut en règle sur la prison, mais il n’en était absolument pas question pour nous. Même en admettant le succès d’une entreprise aussi hasardeuse, il restait le problème que cela ferait immédiatement de nous d’odieux pirates agressant l’Empire ! Non, même si je brûlais d’envie de voir l’épée de Cataléya le traiter de la même manière que ce faquin de Capitaine Livis, il nous fallait une démarche diplomatique. Et tu te doutes bien qu’il s’agissait là d’armes dont je connaissais le maniement. Après concertation avec l’équipage, escortée de Cataléya, j’allai demander audience au gouverneur.

J’avais soigneusement réfléchi à mon approche. Une nouvelle fois, le sceau de l’Empereur allait nous être des plus utiles pour demander la libération de Tomas de Orinjo. Il suffirait d’affirmer que nous réquisitionnions ce prisonnier pour une mission confidentielle, et le tour était joué ! D’autant plus qu’aucune charge sérieuse ne pesait sur lui. Évidemment, je ne croyais pas une seconde au succès de cette démarche : un homme corrompu ne se soumet pas aussi facilement à l’autorité qu’il a trahie.

Mais c’était une bonne introduction pour commencer les véritables négociations. Retiens bien ça ma sœur : quand tu en as l’occasion, demande comme si tu n’avais pas à payer !

Il était bien sûr hors de question de l’accuser directement de trahison, même si ce serait amplement mérité. Il aurait fallu débarquer avec une flottille pour disposer d’une force de frappe suffisante afin de le faire plier. Devant son refus gêné à ma demande officielle, je jouais la carte de l’empathie, soulignant à quel point il était en effet difficile de faire respecter l’ordre si loin de la capitale face aux influences étrangères avec lesquelles il fallait bien composer. Et enfin, la petite touche finale lorsque je le vis se détendre en voyant que je n’allais pas user de la force : j’ouvris la porte à son appât du gain en suggérant une juste compensation à sa bienveillante coopération.

Je dus me retenir de ne pas éclater de rire en voyant son œil torve s’illuminer d’une avide fièvre de l’or ! Il était ferré, acquis à ma cause ! Il allait mettre tout en œuvre pour me satisfaire et ainsi mettre sa serre de rapace sur le joli magot que je lui promettais !

Et en effet, tout le reste de la conversation ne fut que mise au point des détails de l’évasion de Tomas de Orinjo. Car si le gouverneur aimait l’or, il craignait aussi la réaction de Torquemada apprenant qu’une proie lui avait échappé. Il nous fallait donc ruser, et nous décidâmes de faire passer le mage du Vaillant pour mort, victime d’une foudroyante intoxication alimentaire. Un évènement assez banal pour ne pas éveiller les soupçons des espions que l’inquisiteur n’avait pas manqué de disposer dans sa cambuse privée.

Et tout se passa comme prévu. Le soir même, c’est en toute discrétion que le mage du Vaillant put rejoindre son équipage pour disparaitre dans la nuit.

Les Gentilshommes du Rebecca - Journal de bord Pnj_to10

Non sans bien sûr un rapide entretien au cours duquel il nous exprima toute sa gratitude, même s’il se doutait bien que notre intervention n’était pas totalement désintéressée. À mon vif soulagement, il n’hésita pas une seconde à nous remettre sa précieuse relique, la Larme de Lys, capable de réaliser un vœu. Il nous fallait la garder précieusement pour le cas où nous n’aurons pas d’autre option. Cinq mille pièces de huit pour un si formidable avantage, plus la reconnaissance d’un mage de feu, voilà ce que j’appelle un bel investissement !

Et voilà Tamara, ainsi s’achève cette nouvelle étape dans notre épique aventure. Il nous fallait maintenant décider de la prochaine. Pour l’instant, fuyant l’arrivée proche du Perdition, nous avons fait voiles sur Timin vendre notre cargaison et faire le point. Au moment où j’écris ces lignes, un conseil de guerre va commencer et j’ai un plan à proposer : embarquer un maximum de provisions pour retourner plein sud aller chercher les voiles magiques sous les eaux des Dents et, au passage, faire la chasse aux crabes et aux dents d’or.

Désolée, je n’ai pas résisté à l’envie d’imaginer ton sourcil se hausser à cette dernière information. Imagine donc mon sourire en te précisant qu’il s’agit de la description du frère de Mani Makawn, tenancier de la Cocoteraie, à Paltos : les deux incisives supérieures en or, au cas où nous ne trouvions que la tête. D’après ses informations, le Vent Rapide avait disparu croisant au large de Vittoria.

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Message par SPX Spécial le Sam 31 Oct 2020 - 0:06

Encore un point d'expérience pour Gildor qui arrive à trente-trois.

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Message par Gildor le Lun 11 Jan 2021 - 19:45

Qu’il était bon de laisser derrière nous cette sinistre prison et son gouverneur sans honneur. Je me demande comme notre Empereur peut supporter d’avoir de tel faquin sous ses ordres. Sans doute ce cancrelat ne devait-il sa place qu’à des appuis dont devait tenir compte Sa Sublime Grâce dans les fines balances du pouvoir. Je me jurai, dès que l’occasion s’en présenterait, d’apporter notre témoignage à notre Sérénissime Lumière afin que peut-être, il puisse en tenir compte dans ses sages décisions.

Comme prévu, l’équipage avait approuvé mon plan et c’est avec un fort moral que nous mires en route pour les Dents. Nos précédents succès nous donnaient un sentiment confiant en nos capacités et c’est les cales pleines de nourritures que le Rebecca fendait les eaux.

Quelques jours de traversées plus tard, la terre était en vue et nous devinions les lumières de Vittoria. Il était maintenant temps de nous mettre à la recherche du Vent Rapide, navire disparu, je te le rappelle, de Moti Makawn, et nous commencions à tirer des bordées le long de la côte. Hélas, c’est à la nuit tombée que nous apprîmes le sinistre destin du disparu : la carcasse du Vent Rapide gisait échouée sur la plage ouest à quelques miles à peine de Vittoria.

L’absence de lumière que ce soit sur le navire ou sur la plage était de mauvais augures. La Capitaine fit donner du canon pour signaler le Rebecca, mais il n’y eu aucune réaction visible. Elle fit donc filer l’ancre, décidée à reporter les investigations à la lumière du jour.

Dès l’aube, j’embarquais dans le youyou joindre la petite équipe allant aborder le Vent Rapide. Même s’il n’y avait personne à bord, nous pouvions toujours en extraire renseignement et cargaison de valeur.

Et j’embarquai en enfer !

Que le Grand Cric me Croque, Tamara, j’hésite encore à te décrire l’horreur qui nous attendait à bord. L’équipage était bien là, mais massacré de la plus hideuse manière. Cœurs arrachés, membres dévorés… Ainsi, les terrifiants récits sur les Hommes Rouges, redoutés indigènes de ces terres hostiles, n’avaient rien de contes pour enfants, mais étaient bien la terrible et abominable réalité : des dégénérés mangeurs d’hommes ! Et bien sûr, ces sauvages avaient tout détruit à bord : il ne restait rien que nous pouvions décemment nous approprier. Et le coquin de sort continua : un macabre examen des dentitions nous confirma que notre cible n’était pas parmi ces malheureux.

Quant à l’équipe envoyée sur la plage, notre pisteuse Trix y releva sans difficulté que les Hommes Rouges avaient embarqué des prisonniers, sans doute pour quelque rituel impie.

Tu le sens venir, hein, comme les Dieux ont un pervers sens de l’humour !

Nous étions bloqués : un sauvetage était bien sûr notre devoir de gentilshommes de fortune, mais comment envisager de nous lancer en pleine forêt tropicale, au milieu d’ennemis aussi impitoyables que familiers du terrain. Une telle entreprise serait à coup sûr suicidaire !

Trix se porta alors volontaire pour partir en éclaireuse. La Capitaine eut beau l’avertir qu’un éventuel sauvetage un cas de capture serait hors de question, elle n’en démordit pas, si enthousiaste à l’idée de nous montrer de quoi elle était capable. Et nous ne fûmes pas déçus.

Quelques heures angoissantes plus tard, notre Doreen réapparut aussi silencieusement qu’une ombre. Sa mission était un succès : elle avait repéré le village où l’unique prisonnier avait été emmené et attaché à un poteau, entouré par tous les villageois très occupés à la pratique de leur abominable cérémonie. Nul doute que son final sera des moins plaisants pour lui. Trix était parvenue à baliser le chemin, évitant les quelques sentinelles de toutes façons accaparées par les réjouissances.

Un assaut était donc maintenant tout à fait envisageable, et le sang des malheureux de l’équipage du Vent Rapide criait vengeance ! Quelques barils de poudres bien placés, et nous pouvions exterminer ce nid de dégénérés ! Notre état-major se trouva alors divisé : d’un côté Dave, Kalas et moi qui voulions faire œuvre de nettoyage, et de l’autre ceux qui voulaient se contenter d’une bataille dans les règles. Le ton commença à monter, jusqu’à l’intervention de la Capitaine, frappant de la main sur la table pour interrompre notre dispute. Pour une fois, je te retranscris ici ses paroles, car elles sont une véritable leçon de vie :

« Je comprends bien la colère de certains d’entre vous, et que vous pensez éviter d’autres morts innocents à venir en détruisant ce village. Mais pour nous qui avons la prétention d’être civilisés, il nous faut en payer le prix : quelques soient les circonstances, les méfaits commis, les situations, les belligérants, nous devons toujours nous conduire suivant ce que nous prétendons défendre.
Sous mon commandement, je ne tolèrerai aucun écart à cette règle. Nous attaquerons en ne visant que les membres guerriers du village. Nous permettrons libre salut aux fuyards, les redditions seront acceptées, aucun non combattant, qu’il soit homme femme ou enfant, ne sera même blessé. Le moindre manquement sera puni en accord avec nos lois de la guerre.
Par cela, nous mériterons notre victoire. Par cela, nous pourrons dire que nous combattons au nom de la civilisation décente, et non guidés par une indigne soif de vengeance et de sang. »

Subjuguée par ces fortes paroles, je  ne pus que me soumettre. Le débat fut ainsi clos et nous dressâmes le plan de bataille. Trix dessina rapidement un schéma descriptif des lieux. Tout y était : poteaux de torture, chaman gesticulant autours, villageois fascinés avec leur grande brute de chef à la place d’honneur.

Je revêtis doucement mon armure de cuir et vérifiai consciencieusement mes pistolets, bien consciente que cette fois j’allai m’en servir. Bien étrange sensation, bien loin de l’héroïsme dépeint dans les récits épiques. S’il fallait la comparer à un sentiment plus commun, ce serait plutôt comme un trac d’acteur avant sa représentation. Sauf que cela risquait d’être la dernière.

Pour le principe, nous laissions trois marins sur le Rebecca tandis que le plus gros de l’état-major s’infiltrait dans le village pour démarrer l’assaut par une attaque surprise. Quant à moi, même si j’avais consacré plusieurs heures à m’entrainer, il restait que mes compétences martiales n’étaient vraiment pas au niveau de celles de mes compagnons. Je me portai donc volontaire pour être au commandement du plus gros de nos troupes, attendant à proximité pour charger à travers les dernières rangées d’arbres bordant la clairière.

L’attente ne put durer plus de quelques minutes. Elle me sembla une éternité. Mais quand enfin résonna le fracas de l’assaut donné par nos compagnons, toute la tension accumulée dans ma poitrine se libéra en un terrible cri de guerre, et, rejetant toute peur, je m’élançai à travers les fourrées.

Quel spectacle que j’embrassai d’un regard ! Dave et le chaman étaient en plein duel de magie, chacun invoquant des nuées d’insectes et d’oiseaux, Cataléya ferraillait contre le chef, Kalas multipliait les tirs d’une mortelle précision depuis son perchoir improvisé…

Je n’ai pas vraiment d’autres détails à conter, tellement la situation fut confuse. Sache que dans ce chaos, je n’ai pas été en reste et rempli ma petite part en abattant l’un des sauvages gardant le prisonnier.

La bataille terminée, il ne restait plus qu’un village vidé de ses habitants. Nous étions maitre du terrain, et sans regretter une seule perte ! Le sourire éclatant d’un Moti Makawn qui se voyait déjà la victime de mille supplices nous confirma bien son identité, et c’est avec empressement qu’il se joignit à notre équipage, n’ayant que trop hâte de tirer sa révérence de cet enfer vert et de ses habitants aux goûts culinaires contestables.

Quant à moi, je repérai une prise magnifique, surpassant de très loin les misérables poteries et outils de pierre : le totem trônant au milieu du village. Ne t’imagine surtout pas une stature d’or et de pierres précieuses, sa valeur ne résidait pas en son matériau, mais bien en son artisanat. Un fort bel exemple d’art primitif qui ne manquera pas d’intéresser la noblesse (très) riche et cultivée de la Cour Impériale ! Peut-être même le seigneur Jaraquay, que j’avais rencontré lors de la réception de la ménagerie impériale. Il n’avait parlé que des trésors archéologiques, mais peut-être goûtera-t-il également ce rustique exemple d’exotisme.


Dernière édition par Gildor le Ven 15 Jan 2021 - 13:16, édité 2 fois

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Message par SPX Spécial le Ven 15 Jan 2021 - 13:11

Et un point supplémentaire pour Gildor.

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